On me croira ou pas, suite à mon texte précédent sur le bonheur de retrouver la lumière, mais hier panne d’électricité de 19h30 à 21h chez les Bougon-Boudin.

 J’étais en train de donner le dessert à un Crapaud grincheux parce qu’il voyait la fin du yaourt se profiler… Il est comme ça maintenant Crapaud. Il commence à gémir à la moitié du yaourt, pleure vers la fin, hurle quand c’est fini. Ne cesse qu'une fois la totote en bouche. J'appelle ça l'Angoisse de la Bouche Vide. A croire que je ne le nourris pas assez. Ou qu’il est super gourmant. Ou que c’est son dernier repas pour toute la vie. Enfin bref. Je lui donnais donc les dernières cuillérées de son dernier repas, et il pleurait en conséquence… « O temps, suspend ton vol ! ». Moi je râlais, parce que ça commence à bien faire ce bébé qui ne profite pas de ce qu’il a dans la bouche en prévision du moment où elle sera vide…« Carpe diem, profite du yaourt présent! ». Et bing. Plus d'électricité. Noir. Et fin des gémissements d’un bébé étonné. D’où silence.
Heureusement je n’avais pas encore fermé les volets, les lampadaires du dehors éclairaient un peu… On a pu trouver les bougies et les allumettes, pas encore rangées du matin (oui, volets pas fermés, allumettes pas rangées, je suis une maman indigne) et on a allumé les bougies. Dans cette atmosphère feutrée, Crapaud a tranquillement fini son yaourt (peut-être le coup des bougies tous les soirs, au moment du yaourt ? A voir…) pendant que Prince Bougon téléphonait à E**F en râlant à son tour parce que son téléphone portable n’a pas de touche, alors il peut pas taper 1 (perpétuel sujet de déception ce téléphone à écran tactile, je ne le conseille à personne)… Moi j’ai couché un Crapaud aux yeux plein de lumière qui s’est laissé faire hypnotisé (une super idée, vraiment, ces bougies), puis j’ai attendu le technicien, cool, sur mon canap.
Ben oui, j’avais plus rien à faire. Pas d’électricité : pas de plaque électrique pour faire chauffer le dîner, encore moins de micro-onde, pas assez de lumière pour faire la vaisselle du repas de Crapaud… Mais aussi pas de télé, pas de radio, pas assez de bougies pour lire… Au bout de… allez, 1min15… je me suis ennuyée. Au bout de 1min45, je me suis angoissée. Et la nourriture dans le frigo ? Et le chauffage dans la chambre de Crapaud ? Et mon café demain matin (OUI c’est TRES important) ? Et la soirée inteeeeerminable qui se profilait ?
J’ai demandé à Prince Bougon : « Tu crois qu’ils faisaient quoi les gens au XIXème siècle. Parce que là, c’est vite chiant.
- Il faisait des bébés.
- Mais là on peut pas, on attend le technicien.
- On peut commencer, il nous rejoindra, comme dans les films porno. » Les bougies, ça lui donne des idées au Prince…
Inutile de préciser que ma réponse a été sans appel : « Nan.  Tu y vois quelque chose pour lire? »
Prince Bougon lisait un comics au-dessus d’une bougie…
« Oui, ça va… »
Moi j’ai attrapé le catalogue La Re**ute. Pff, on voit aucun détail, aucun intérêt.
J’ai essayé de me détendre… Et le contenu du congélateur ? Combien de temps il faut pour que tout dégèle ??
Une douche ? Non, il allait peut-être falloir faire provision d’eau chaude.
Surfer sur internet. Ahah, très drôle.
C’est là que le Sauveur est arrivé. Et la lumière re-fut. Pour mon plus grand émerveillement. Je saurais jamais trop ce qui c'est passé, M. Sauveur l'a expliqué mais avec des mots compliqués que Prince Bougon a fait semblant de comprendre et que moi je n'ai même pas essayé: les voies de l'électricité sont impénétrables, et j'étais si heureuse de retrouver lumière, chauffage, télé, plaques élec, dans cet ordre, que je n'ai posé aucune question supplémentaire. Je l'aurai même embrassé, ce monsieur, s'il n'avait pas eu l'air si réservé (effrayé?) face à un tel débordement de gratitude.
Finalement je l’aime bien, notre XXIème siècle, malgré tout ses défauts.